Petit matin. Il fait beau, les oiseaux chantent… Un doux rayon de soleil vint
chatouiller le nez de Vavila… Mais, ce ne sont ni les oiseaux ni le soleil qui réveillent le jeune homme. Oh que non…
Un bruit. Un grand fracas de verre qui se brise. Vavila s’est redressé d’un
bond dans son lit, encore endormit. Il fixe les yeux hagards, sa fenêtre où les contours d’un homme accroupit sur le rebord, une main posée sur le bois de la fenêtre se dessinent. Vavila se mit à
cligner des yeux. Plusieurs fois. Mais non, il ne rêvait pas. Il y avait bien un homme assit au rebord de sa fenêtre dont le verre brisé gisait au sol.
-T’es qui toi ?! Qu’est-ce qui te prend de débarquer comme ça ?! s’exclama-t-il, remontant rapidement les couvertures sur lui alors que comme à son habitude, il avait dormit en boxer
Mais au lieu d’une réponse comme il s’y attendait, se furent de grandes mains
blanches et froides qui s’agrippèrent à sa gorge. Il voulut hurler mais un simple sifflement sortit de sa bouche.
Il avait beau tirer, griffer les mains de l’homme, il ne pouvait rien faire.
C’est juste avant de s’évanouir qu’il pensa à appeler Siméon par la pensé. Il l’entendit fracasser la porte fermée au moment où son buste retombait inerte sur son oreiller.
Lorsqu’il reprit ses esprits, Siméon était assit au bord du lit, la tête
tournée vers lui.
-Hum… Il m’a serré fort le salop… dit-il en se massant la gorge
Tu lui a fait son compte ?
-… Il discute avec Yun.
-… Quoi ?
-… Il est dans la cuisine. Il discute avec Yun.
-Hein ?! Mais pourquoi ?!
-… C’est Héloas. C’est son petit ami.
-Pardon ?!
Ni une ni deux, Vavila sauta hors de son lit et mit un pied devant l’autre
pour aller voir où étaient Yuntsaï et cet Héloas mais, il se sentit tomber en avant et deux bras forts le retinrent.
-Hé doucement ! Il a serré assez fort pour que tu t’évanouisses alors c’est que ça va pas aller mieux tout de
suite !
Siméon rallongea Vavila mais celui-ci ne garda pas sa position allongée, se
mettant en tailleur sur son lit, le visage rouge et les yeux en colère.
-Nan mais c’est quoi ce délire ?! Il a quoi à étrangler les gens lui ?! Complètement malade ! Comment
elle fait pour sortir avec lui ?! Et d’ailleurs, pourquoi je ne l’ai pas vu plutôt ?!
-Calme toi Vavi !
-Je me calme si je veux ! C’est un fou ! Je refuse que Yun reste avec ce dingue ! Et
puis…
Soudainement, il se tue. Siméon venait de plaquer ses lèvres sur les siennes,
tenant sa tête avec force.
-C’est bon t’es calmé ? lui dit-il avec autorité Je sais
bien que ça t’as fait un choc, mais tu peux pas décider ça pour elle !
Silence. Vavila est estomaqué. C’est la deuxième fois que Siméon l’embrasse
pour le faire taire, il sentit le rouge lui monter aux joues et la colère quitter son corps. Mais il ne resta pas longtemps dans cet état, Siméon lui a attrapé la main et l’emporte vers la
cuisine. Mais ils n’y pénètrent pas, des cris retentissent.
-Putin Héloas tu me fais chier !
-Mais tu sais bien que je ne pouvais pas revenir plus tôt !
-J’en ai rien à foutre ! Cinq ans ! Cinq putains d’années à t’attendre ! Sans aucune nouvelles !
Et avec ton enfant dans mon ventre !
-Pardon ?
La dispute qui semblait durer depuis un moment se fige tout d’un coup. Même
Vavila et Siméon ne disent plus rien. Puis la conversation du côté de la cuisine reprend, plus doucement cette fois.
-… Tu attends mon enfant ?
-… Oui…
-… Tu as bloqué sa croissance ?
-J’ai bien était obligée ! Tu étais partit ! Et hors de question qu’il vienne au monde sans son
père !
-Je suis là maintenant.
L’on pu entendre une main claquer violement une joue.
-Ah oui ? Et pour combien de temps ?! Si tu repars tout de suite je…
Plus un bruit, à part celui de vêtements froissés. Vavila et sa curiosité
poussèrent un peu la porte qui s’ouvre en grand alors qu’il tombe dessus en voyant ce qui s’affiche sous ses yeux.
L’homme aux longs cheveux noirs a saisit Yuntsaï et maintient sa bouche
contre la sienne tout en la penchant en arrière et posant sa main sur son ventre. Une lueur sort de la paume de sa main et Vavila peu voir le ventre de Yuntsaï se mettre à grossir. Puis Héloas
retire sa main et la passe vivement sous Yuntsaï qui vient de s’évanouir.
-Je vais revenir très vite… Promis… Je t’aime, n’en doute jamais…
Lui murmura-t-il à l’oreille avant de l’asseoir sur une chaise et de se volatiliser en sortant par la fenêtre, sans un regard pour Vavila et Siméon qui sont entrés dans la
pièce
Héloas disparut, Siméon est le premier à se précipiter sur Yuntsaï, Vavila
encore trop choqué. Il la prit doucement dans ses bras et l’emporta vers sa chambre. Vavila ne mit pas longtemps à réagir et lui emboita le pas, ses membres tremblaient
encore…
Siméon la posa sur son lit et les deux hommes restèrent dans la pièce sans
parler ni bouger pendant de longues minutes. Vavila s’est assit derrière Siméon et à finit par s’endormir, le menton posé sur son épaule. Trois heures se sont écoulées depuis le départ
d’Héloas.
Lorsque Yuntsaï se réveilla, la vision qu’on lui offre la fit doucement
sourire. Siméon a mit le buste de Vavila endormit sur ses genoux pour qu’il soit plus à l’aise, sa tête repose dans la grande mais douce main droite du démon.
-Ca va mieux ? s’enquit le brun
-… Oui… Beaucoup mieux… A part que ce connard à rompu que le charme et
qu’il ne peut-être appliqué qu’une seule fois !
-… C’est plutôt dérangeant…
-Tu l’as dis… Bon alors, il a fait quoi à Vavi en plus ?
-Il l’a étranglé.
-Bin voyons ! Il est pourrit jusqu’à la moelle… Mais comment fais-je pour l’aimer encore…
-… C’est comme ça…
-… Quand je pense qu’il nous a trahit…
-…
-… Qu’il a tué son grand frère juste pour une question d’héritage et que son père l’a bannit… J’ai tellement envie
de pleurer quand je pense à ça…
En effet, les yeux de la jeune femme s’humidifièrent alors qu’elle passait
doucement sa main sur son ventre rebondit. Siméon tendit sa main et la pausa sur son épaule de manière réconfortante, un petit sourire sur les lèvres. Yuntsaï lui rendit son sourire mais ne
semblait pas calmée pour autant, elle reprit son discours, ne voyant pas que Vavila avait ouvert les yeux et semblait les écouter attentivement.
-Il a suivit Nazar et ses renégats, tu te rends compte ?! Il s’est
allié à eux alors qu’il est le fils cadet du roi des sorciers ! Et il m’a laissée ! Il m’a laissée toute seule ! Il a fuit après m’avoir jeté un sort de sommeil ! Que
voulais-tu que je fasse ! J’avais Vavila à charge ! Il avait quinze ans ! Crise d’adolescence ! Je ne pouvais décemment pas élever un enfant en même temps ! Et surtout,
comment l’aurait pris les miens si je mettais au monde l’enfant d’un traitre… Comment vont-ils le prendre maintenant que je ne peux plus le retarder… Que va-t-il se passer pour mon enfant… J’ai
si peur Sim, si peur…
-On va le protéger Yun. Je vais m’entraîner encore plus fort et je me battrais même contre les nôtres si jamais ils
osent s’en prendre à ton bébé. Je te le jure.
Vavila s’était redressé d’un bond en entendant les derniers mots de Yuntsaï.
La femme n’avait pu retenir plus longtemps ses larmes et de grosses gouttes se mirent à rouler sur ses joues. Vavila avait quitté les genoux de Siméon pour la serrer dans ses
bras.
-Ne t’inquiète pas Yun… On le protégera, il ne risquera rien avec
nous… rassura le jeune homme, caressant doucement les longs cheveux bruns de la femme Quand à ce connard, la prochaine fois qu’il ose mettre un pied ici je lui fais sa
fête !
Siméon resta silencieux, regardant la scène de ses yeux orange. Un drôle de
pressentiment naissait peu à peu en lui. Un mauvais pressentiment…
Un mois plus tard.
Avoir une femme enceinte chez soit n’était pas de tout repos. Surtout lorsque
cette femme, sorcière de son état, vous lance des sorts à tout bout de champs. Renel en fit le premier l’expérience, suivit de près par Vavila qui s’était éclaffé. Tout ça pour une histoire de
fraises…
Alors qu’elle voulait des gariguettes, Renel lui avait rapporté des bogotas
et Yuntsaï lui avait fait pousser des oreilles d’âne. Vavila avait eu droit à des oreilles de chèvre tant son rire ressemblait au bêlement de ses animaux.
Et puis elle se plaignait à longueur de journée…
-J’ai faim !
-J’ai les pieds gonflés !
-J’ai mal au dos !
-Je veux des cerises !
Après les fraises, les cerises… Cette fois-ci, Renel avait laissé Siméon y
aller. On est jamais trop prudent…
Mais ces scènes devenues quotidiennes furent rapidement bouleversées alors
que, les trois garçons étant partit au cinéma, pas fâchés de laisser Yuntsaï à la maison furent rappelé chez eux d’une étrange manière…
Les enfants, je sens une activité démoniaque. Vite ! Mettez-vous à
l’abri ! Il est là…
Vavila regarda tout autour de lui. Reconnaissant la voix de Yun, mais la
cherchant désespérément du regard.
- Hein !!! C’est quoi ce délire !!! T’es où
Yun !
- Chut… Fit
Renel.
- Mais j’deviens pas fou ! Yun nous a bien parlé ! Elle est
où ? Rajouta Vavila tout en faisant de grands yeux et gigotant dans tous les sens.
Siméon le prit par les épaules et mit une main sur sa
bouche.
- Chut…
Vavila resta stupéfié en constatant que la rue était déserte et qu’aucun bruit ne retentissait. Comme si quelque chose de puissant
absorbait tous les sons et avait arrêté le temps. Une grande rue, éclairée tout le long par des réverbères et sans vie.
Renel leva la tête, regardant le ciel noir, vide de tous astres stellaires. Un léger brouillard commençait à flotter à la surface de
la rue et des trottoirs. Siméon lâcha Vavila et regarda le ciel à son tour.
- Ils arrivent.
Vavila, ne comprenant plus regarda à son tour le ciel, mais ne vit rien. Peu à peu les lumières se mirent à clignoter, s’éteignant une
à une le long de la rue. Ils étaient désormais tous les trois dans l’obscurité. Renel sortit son fouet et le serra tellement fort qu’on entendait grincer le cuir entre ses mains.
- Ils arrivent.
Soudain une odeur nauséabonde de cendre les entoura, et une sorte de bruit perçant se fit entendre. Tellement perçant que Vavila se
baissa et se boucha les oreilles. Siméon plaqua ses mains l’une contre l’autre, les rouvrit et jeta une de boule de feu magique dans les airs pour
éclairer la rue. Vavila se leva lentement, les yeux rivés au loin, le visage blême et apeuré. Il n’avait jamais vu ça auparavant. Une sorte de horde de démons arrivait telle une armée. Se
déplaçant à toute vitesse dans les airs, certains chevauchaient d’étranges chevaux, laissant jahir des flammes et de la fumée. Cette boule de feu qui éclairait la rue, leur permettait de les voir
et pourtant Vavila aurait préféré être aveugle à ce moment. Une impression de fin du monde lui vint en tête.
A présent cette horde de démons, formant un nuage n’était plus qu’à quelques mètres d’eux. Hurlant, poussant des cris stridents,
faisant exploser sur leurs passages les carreaux et les ampoules. Siméon poussa Vavila et inspira en faisant gonfler au maximum sa poitrine, puis recracha d’immenses flammes, qui s’enroulèrent
autour des démons, le faisant rugir, les broyant, les détruisant peu à peu, pour n’en laisser que des cendres.
Vavila resta complètement épaté par la puissance de Siméon. Il soupira de soulagement et s’approcha peu à peu du démon qui semblait
rester encore sur ses gardes.
- Je ne savais pas que…
- Chut…
Renel fit un pas dans la rue et fronça les sourcils. Au loin, des ombres se dessinèrent dans le brouillard. D’immenses ombres se
déplaçant lentement en groupe. Plus ils s’approchaient plus le sol vibrait, plus une odeur de succube planait dans les airs. Vavila s’accrocha à la manche de Siméon, ne quittant pas des yeux
cette foule de démon en tout genre s’avant d’un pas sûr et déterminé vers eux. Renel fit claquer son fouet au sol et ouvrit ses bras comme pour faire un barrage.
- Retourner chez vous démons ! Vous n’avez rien à faire sur la terre des vivants !
Mais seul des grognements retentirent. Une nouvelle fois Renel cria.
- Retourner chez-vous tant qu’il est encore temps !
Mais un rire effrayant provenant des airs résonna. Un rire tellement effrayant qu’il fit sursauter Vavila. La horde de démon s’arrêta
d’avancer et un immense courant d’air s’engouffra dans la rue, faisant soufflant au passage Vavila et Renel, tous deux se retrouvant à terre. Puis un bruit de battement d’ailes retentit, et un
immense être ailé, se posa à terre. Un démon beaucoup plus grand, beaucoup plus effrayant que les autres. Un démon portant des cornes, à la peau bleue, de grandes griffes et un bandeau sur les
yeux. Il poussa un énorme rugissement, suivit des rugissements des autres démons. Vavila en frissonna jusqu’au bout des ongles. Sa tête une fois droite, fixa Siméon le seul des trois qui était
resté debout.
- Siméon. Dit-il d’une voix roque.
Le concerné, serra ses poings à en trembler.